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Attention, une photo peut vous remuer.

Cette photo.

 

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L'horreur a plusieurs photos, toutes plus criantes les unes que d'autres. Quand j'ai vu celle-ci, j'ai eu la nausée. Est-elle prise dans un monde parallèle ? Un monde d'ailleurs ? Une autre planète ? Non, c'est mon monde et j'ai le coeur meurtri. Là où je vis, là où ma fille grandi, là où on jette le dernier bout de brocolis que personne ne veut à la fin du repas, là où de ma chaise végane j'écris. Il y a un autre monde dans mon monde, celui de l'horreur, de la honte. L'enfer.

Des photos qui me secouent comme celle-là, il y en a tous les jours. Un enfant agenouillé et le vautour qui le surveille. Un enfant au regard perdu, entre vie et mort, si maigre, si frêle. Un enfant qui tète un sein vide désespérément. Des corps abandonnés. Notre monde n'est pas avare de clichés bouleversants.

Et puis j'ai vu le second message, écrit par dessus cette photo et ma colère est montée d'un cran. Les réseaux sociaux ont créé un art nouveau : celui de culpabiliser et de se dédouaner. Qui a un coeur ? Qui osera partager ? Tout le monde, à moins que je me trompe, a un coeur. Tout le monde, au moins à notre échelle, a de l'humanité. Tout le monde peut le prouver : en partageant une photo. Une photo qui pose un fait, violent, inhumain, mais qui ne dit pas comment on peut agir, concrètement, là tout de suite, au moins un peu ou beaucoup plus. Mais ici, on met en culpabilité celui qui défend les animaux, du petit toutou frappé à la vache laitière.

On peut faire mieux que de partager - liker - twitter - s'émouvoir. On peut faire quelque chose :

Changer sa consommation, porter son regard sur ce que l'on paie

-  Ne plus acheter nos soda et boissons sucrées (coca en tête de gondole) qui volent l'eau des nappes phréatiques de tant de pays pauvres. Extrait du Monde diplomatique (lien) : "Pendant plus d’un an, des femmes des tribus de Plachimada, dans le district de Palaghat, au Kerala, ont organisé des sit-in pour protester contre l’assèchement des nappes phréatiques par Coca-Cola. « Les habitants, écrit Virender Kumar, journaliste au quotidien Mathrubhumi, portent sur la tête de lourdes charges d’eau potable qu’ils doivent aller chercher loin, pendant que des camions de boissons gazeuses sortent de l’usine Coca (1). » Il faut 9 litres d’eau potable pour faire 1 litre de Coca."

Parce que jusqu'à preuve du contraire, du soda a besoin d'eau pour être liquide. Pas sûr que ce soit chez Evian ou Contrexville que ces firmes achètent leur eau. 

 

- Ne plus acheter de la viande animale (terrestre et marine) dont l'alimentation céréalière est produite sur les terres spoliées à des populations pauvres qui meurent de faim, des terres pillées aux "poumons du monde", l'Amazonie. Des céréales abondamment arrosées d'eau volée et de pesticides tueurs.

 

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"Quand l'industrie de la viande dévore la planète" le Monde diplomatique, encore

Dommage collatéraux :

Des céréales d'Amérique du Sud permettent donc d'engraisser nos bœufs, nos poulets, nos poissons, nos porcs. Ensuite, l’Union Européenne revend le "surplus" (les parties de l'animal les moins vendues à nos bouches délicates) grâce aux accords commerciaux avec l'Afrique. Quelques centimes le kilo d'ailes de poulet, tandis que les paysans africains ne trouvent plus d'acheteur pour leur poulet qui en coûte 5 fois plus. Je vous invite à la 54 minutes et 45 secondes de l'excellent reportage d'ARTE "L'adieu au steak" ( https://www.youtube.com/watch?v=5Xv1H81qy_Q ), où nous apprenons que la viande européenne inonde le marché du Ghana, le laissant exsangue, incapable de rivaliser avec les prix subventionnés par la PAC (Politique Agricole Commune). Rien qui ne puisse aider certains pays d'Afrique a se rendre indépendant. 

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Et comme ça, en passant, les subventions de la PAC, c'est nous, petits contribuables. Nous payons à bas prix direct la viande mais le coût réel qui nous est imputé est bien plus élevé (lien Euractiv). Sans compter bien entendu, les dommages collatéraux qui font grimper le chiffre : pollution, santé, écologie ...

 

La mondialisation de notre alimentation tue. La fameuse croissance tant vantée par nos médias et nos politiques ne sera jamais pour tous les peuples sur Terre. Elle ne peut se faire que sur le dos des plus pauvres. Alors ça va, nous sommes du bon côté de la barrière, mais est ce là justice et durabilité ?

 

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Nos diamants autour du cou, nos téléphones portables, nos voitures, notre électricité, nos besoins vitaux et nos plaisirs du quotidien sont tout ce que nous arrachons au monde de ses ressources si précieuses.

Nous avons des têtes pensantes qui font l'art d'une guerre contre l'Humanité au nom du pouvoir et du profit.

Nous sommes des acheteurs qui consomment sans comprendre vraiment les impacts.

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Il est aussi beau Léo que le diamant peut être sale.

Nous pouvons faire des dons, signer des pétitions, c'est déjà ça !  Mais ce n'est qu'un pansement sur une plaie ouverte. Nous, peuple, n'avons qu'un seul pouvoir : celui de notre consommation. Notre consommation nous donne le pouvoir de nous venter auprès des autres pour ce qu'on possède, elle nous donne le pouvoir de vivre ou survivre dans un quotidien de plus en plus difficile, elle nous donne le pouvoir de nourrir nos enfants ou de les gâter (synonyme de pourrir). Elle nous donne le pouvoir de décider qui l'on veut être, ce qui nous anime. Mais elle nous donne aussi le pouvoir de bousculer les choses. C'est le "vote caddy".

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HuffingtonPost.fr.

Alors quand je lis sous la photo de cette mère donnant un peu d'eau à un enfant si maigre "qui aura le courage de partager cette photo ?" j'ai plutôt envie de dire : "qui va oser changer son regard sur sa consommation ?"

Heureusement je m'aperçois que beaucoup amorcent ce changement, comme moi et ma famille l'avons fait à la maison depuis que d'autres nous ont ouvert les yeux.Merci à eux.

Nous n'avons pas tous les mêmes buts, certains le font pour de raisons de santé et d'environnement, d'autres pour la cause animale ou sociale, puis il y a ceux qui sont dans une quête de "révolution", contre l'injustice, contre les lobby qui s'engraissent. On s'en fout, l'essentiel reste que ça avance. 

Beaucoup se bougent et acceptent des petits sacrifices dans l'espoir de sauver cette femme et son enfant, dans l'espoir fou de sauver ce (ceux) qu'il reste à sauver...

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